"Não entendo." Contrairement à ce que l'on pourrait croire ça ne veut pas dire "je n'entends pas" mais je ne comprends pas. Le portugais est riche de mots dont la consonnance rappelle le français mais dont le sens est différent. Ce que l'on appelle 'les faux amis'. On peut citer :  chá = thé et non "chat" qui se dit gato; gato = chat et non "gâteau" qui se dit bolo; novela = feuilleton et non "nouvelle" qui se dit noticia, etc... mais là n'est pas le sujet du jour.

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  Ci-contre une plaque que l'on peut trouver au pied des ascenseurs. Vous pouvez traduire facilement."Attention. Dans le cas d'incendie ne pas utiliser les ascenseurs." Facile me direz-vous le portugais. Et bien non ! A la lecture il suffit de comprendre quelques mots pour en comprendre le sens général. Mais quand on écoute les gens, on ne comprend rien.

 

  Je suis à Rio, au Brésil et les gens parlent tous portuguais; jusque là rien de surprenant. Je suis donc bien obligée de me mettre au portugais du Brésil. Je prends des cours. Pour le moment j'ai appris à me présenter, les salutations, les chiffres, les parties du corps, les jours de la semaine, les mois de l'année, les nationalités, les aliments, les deux verbes êtres ser et estar, le verbe avoir ter, les mêmes qu'en espagnol croirait-on, mais non! La conjugaison est différente... Pour l'instant, ça ne me permet pas encore d'avoir de réels échanges en portugais sur le groupe whattsapp de la classe de Quentin ! Je regarde tout de même si je ne vois pas café da manhã "coffee morning" ou convidar para almoçar "convier à un lunch". De même que je laisse sonner mon téléphone quand je reçois un coup de fil avec l'indicatif du BRESIL. Heureusement il y a les messages type sms, dans ce cas je m'aide des applications de traduction. Pour prendre le taxi ça va, je donne ma destination, je précise que je ne parle pas portugais et le chauffeur arrête de me parler... Mais mercredi je me suis retrouvée bête, vraiment bête à la station essence. Je vous raconte.

  Le voyant d'essence de la voiture est passé au rouge, je fais quand même 20km et je me dis qu'il va falloir penser à s'arrêter dans une station. Chose qui ne m'enchante pas, en général je m'arrange pour que mon cher mari s'en arrange. Mais je ne veux pas prendre le risque de tomber en panne d'essence alors il va falloir passer à la pompe. Ca tombe bien il y a Total pas loin.

  Avant j'envoie un message à Damien. Je ne sais pas ce qu'on met dedans. Gasolina (de type comun ou premium) ou Ethanol (sachant que c'est 30% moins cher mais que l'on consomme 30% de plus).

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  Je m'engage dans la station essence, je ne sais pas de quel côté est la trappe, je parie sur la droite, je me présente devant une pompe que je laisse à droite. Un ancien en tenue bleue floquée Total me demande de m'avancer un peu. Déjà j'avais raison sur la trappe ! Je coupe le contact. Je baisse ma vitre et m'adresse au pompiste "Boa Tarde ! Common, Cheio por favor. Gazolina." Il approuve en clignant des yeux accompagné d'une bascule de la tête. Je jette un oeil dans le rétroviseur extérieur droit. Je le vois qui attend et tape sur la vitre. Bien sûr, il faut ouvrir la trappe ! Je cherche (ce n'est jamais au même endroit sur les voitures !). Je finis par ouvrir la porte et je tire sur une poignée. J'entends le clic de la trappe, c'est bon ! Même pas le temps de me remettre du rouge (si j'en avais à mettre !) que le pompiste est placé devant la voiture, et me demande d'ouvrir le capot, paroles accompagnées des gestes. Je cherche une poignée sous le volant, il s'impatiente, il se marre, et je finis quand même par trouver. Il bloque le capot. Je sors pour voir ce qu'il farfouille. Mais avant, j'attrape mon télèphone et mon sac à main (il ne faudrait pas que quelqu'un en profite pour me le voler). Le monsieur se met à me parler en portugais tout en pointant du doigt des éléments du compartiment moteur, des tuyaux, différents réservoirs. Je ne comprends rien. "Desculpe não entendo, não falo português." traduction : "Désolée je ne comprends pas, je ne parle pas portugais", il me répond "Sim, você entenda, você fala português !"(si, tu comprends, tu parles portugais!). Je lui assure que non, il se répète, je me répète. En même temps il dévisse un bouchon, débranche un tuyau. Je me demande bien ce qu'il fait, je me doute que ce n'est pas normal. Il me demande de mettre le contact, je me rassois, dépose le sac à main, tourne la clé, je me demande si je ne suis pas entrain de me faire avoir, il valide de la tête avec un sourire, je ressors voir ce qui se passe tout en reprenant mon sac à main. Ridicule ! Je vois du liquide jaune sur le sol, un réservoir se vide, je pense à une vidange ou quelque chose du genre. Moi qui étais venu juste pour un plein. "La prochaine fois je laisserais Damien faire le plein !" Le pompiste continue à me parler, je ne comprends toujours rien. J'essaie de joindre Damien, mais ça sonne occupé; une seconde fois, toujours occupé. "Je fais quoi moi ?" Je prends une photo, je l'envoie à Damien.

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  Pas de réponse. Je décide de couper le contact, avec toujours mon sac à main au bras... Je comprends que le monsieur n'est pas d'accord, alors je remets le contact. Je le rejoins toujours sac à l'épaule. Il a réinstallé le tuyau, verse un liquide (peut-être un liquide de refroidissement, I don't know) dans le bidon et remplit le bocal du liquide lave-glace. Je jette un oeil sur mon portable. Toujours pas de nouvelle. Le pompiste s'approche avec le terminal de paiement, il énonce le montant mais il parle trop vite et ne comprends que les centimes. Je lui tends ma visa, en me disant je verrais bien. Je ne suis pas vraiment sûre qu'il ait fait le plein, ni que le compteur de la pompe ait bien été remis à zéro, et je n'ai aucune idée du nombre de litres du réservoir et du prix d'un plein à Rio. Je tape mon code, prend le petit ticket de carte. Je m'installe au volant puis dissimule mon sac à main sous le siège passager. Je mets le contact et premier soulagement, des barres s'empilent et indiquent que le réservoir est plein. Ouf ! Je reprends la route et quelques minutes plus tard un appel de Damien. La photo l'a fait réagir. Je lui raconte. Il me rassure sur le prix, c'est bon ! Par contre il ne saisit pas exactement ce que l'ancien a pu faire au vu de mes maigres explications. On raccroche. Dans la foulée il m'envoie un message.

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   Ah le fameux voyant qui était sur le tableau de bord depuis 10 jours et qui ne m'inquiétait pas plus que ça ! Et bien maintenant il est éteint. La voiture va bien. Il me reste à savoir mettre le compteur à zéro...

 

  La prochaine fois que le voyant s'allume, je ferai demi-tour, direction la place de parking et je ferai en sorte que Damien ait à prendre la voiture. A son retour, sûr qu'il me demandera : "Sandrine t'avais pas le voyant d'essence d'allumé ? _ Não entendo"